Home | Links | Search | Contact Us | Sitemap

PAFSO Awards
Jean Jacques Gauthier

Jean Jacques Gauthier - 06/09/05

Windows Player(wmv)   Real Time

C’est avec beaucoup d’humilité imprégnée de fierté que j’accepte ce prix. Il a ce je ne sais quoi de particulier, d’extraordinaire, de plus que tout autre. C’est sûrement parce qu’il vous est décerné par vos pairs, par ceux qui comprennent fort bien ce que par quoi vous avez passé et ce que vous avez dû faire pour obtenir les résultats obtenus; et vivre une carrière comme celle dont on vient de parler.

C’est avec humilité que j’accepte ce prestigieux honneur de l’APASE compte tenu des accomplissements remarquables soulignés par ce prix au cours de ses quinze années d’existence. Considérant tous les collègues qui ont travaillé et travaillent toujours aussi ardemment pour promouvoir nos idéaux et dont les accomplissements mériteraient tout autant d’être soulignés, je dois demeurer modeste. Quelqu’un m’a récemment dit que d’être mis en nomination est en soi un honneur. C’est vrai et je veux profiter de cette occasion pour féliciter tous mes collègues dont la candidature a été soumise. Votre contribution à la renommée du Service extérieur et du Canada vous fait honneur.

Ceci dit, laissez-moi vous dire que recevoir ce prix c’est franchir le fil d’arrivée d’un marathon de politique étrangère et se faire dire qu’on a décroché la médaille d’or. C’est se faire dire que, comme Steve Nash, on vous reconnaît comme un pivot de l’équipe, de la votre et surtout de celle de l’APASE : on vous accueille en son « temple de la renommée ». Ca vous fait chaud, même très chaud au cœur. Merci.

Mais tel un coureur de marathon ou un émule de Steve Nash, je ne peux oublier que sans l’appui de tous les membres de l’équipe, je ne porterais ce soir cette médaille d’or.

Il y a donc ce soir deux équipes que je tiens à remercier devant vous tous ce soir.

Tout d’abord, mes parents qui ont suivi mes etudes dans un domaine qui, Il y a 35 ans ne menaient qu’à une carrière en politique ou dans le secteur public: rien de prestigieux dénotant même un certain manque d’ambition. Puis, ce fut nos affectations à l’étranger qui sont pour nous de belles aventures mais qui ne représentent que des complications pour ceux qui restent derrière. Mom, merci d’avoir cru en mon choix de carrière: celui d’un agent du Service extérieur du Canada.

Puis il y a ma compagne de plus de 30 ans et nos quatre enfants. Sans récrimination aucune, ils ont partagé une vie dans des terres lointaines et parfois périlleuses sinon inhospitalières; ils ont accepté mes très nombreux voyages, longues heures au bureau, les coups de téléphone au milieu de la nuit, les absences. Mais je leur dois aussi des discussions passionnantes sur la paix, la guerre, la tolérance, les droits humains et surtout le rôle du Canada sur la scène internationale.

Danielle, merci. Grâce à toi que j’ai pu bourlinguer à travers le Moyen Orient et l’Afrique tout en sachant que quoi qu’il arrive j’aurai toujours

  • une épaule accueillante pour un cœur parfois très lourd de visions de guerres, de désolations, d’enfants et femmes maltraités, ou de destructions défiant l’imagination;
  • un foyer et refuge apaisant où recharger les batteries avant de mieux repartir et remettre pour la 101e fois sur le métier nos visions, nos idéaux.

Ce prix de l’APASE n’aurait aucun sens pour moi si on ne reconnaissait pas aussi l’appui indéfectible de nos familles. J’aimerais que vous vous joigniez à moi pour saluer ceux sans qui le Service extérieur perdrait une partie de sa personnalité. J’aimerais reconnaître ici l’apport de nos familles.

L’autre équipe dont je tiens à souligner l’importance est celle à laquelle j’ai eu l’honneur d’appartenir au cours des dernières années.

There were numerous colleagues within the Department whose contribution were vital in garnering support from like-minded countries for our initiatives too often considered too bold to be realistic and implemented, in providing us policy ideas or confirming to other departments the priority attached to our endeavors. To those thank you.

I also owe a large part of my accomplishments to the collaborative spirit and approach demonstrated by colleagues from other departments and agencies I had the honor to work with over those years. I would like to begin with my CIDA colleagues,

  • those involved in the various Great Lakes peace negotiations, beginning with the Arusha Peace process for Burundi and in Canada’s leadership role in forging a special linkage between peace talks and economic recovery to put an end to that other genocide;
  • those previously and still involved in finding lasting solutions to ensure peace and stability to this troubled region and launching reconstruction programs in Rwanda and the Congo.

I learned a valuable lesson working with CIDA colleagues: if they have an oligopoly of funds to carry out Canada’s foreign policy initiatives, our Department cannot claim any monopoly of brilliant ideas for problems-solving. I learned a lot working closely with the likes of Carolyn McAskie, our current Canadian UN Representative in Burundi. I learned also that like us our CIDA colleagues wanted to ensure and still insist that Canada’s policy in the region be the right one for the time. We did not always agree on the specifics and still don’t at times, but we always share the same goal. That is real team work, at least the way I understand it.

Je dois aussi beaucoup à mes collègues de la dépense nationale – pardon, Défense nationale. Ensemble, nous avons pu convaincre des gens qui ne vivaient et juraient que par les armes que cela, en dernier ressort, ne mène nulle part. Nous avons convaincu ces mêmes militaires de la valeur ajoutée du travail d’équipe et de l’harmonie que nous Canadiens projetions : un civil travaillant sur un pied d’égalité avec de hauts gradés de nos forces armées.

  • Je me rappellerai toujours le visage ébahi du Chef des Forces Armées tanzaniennes lorsqu’un général canadien lui a dit que sur certaines questions militaires l’avis de son collègue des Affaires étrangères avait autant de poids que celui de ses officiers.
  • Je me souviens encore de notre facilité en 1996 et 1997 à déployer des militaires dans une zone de guerre pour fournir en premier lieu au Ministère, et non à la Défense nationale, des analyses tout aussi politiques que militaires.

Je suis redevable à ces collègues de l’ACDI et de la Défense nationale qui, depuis 1995, ont partagé mes désirs de paix et stabilité pour cette belle mais o combien ravagée région des Grands Lacs.

Si c’est avec modestie que j’accepte ce prix, je suis néanmoins très honoré de le recevoir surtout en cette année de l’Afrique.

Ma carrière a été partagée entre le Moyen Orient et l’Afrique. Le Moyen Orient m’a initié aux affres des guerres sans vision de paix, m’a permis de développer des capacités et aptitudes particulières que je trouve fort utiles dans mon travail en l’Afrique. C’est en étudiant et travaillant sur le Moyen Orient que j’ai compris la valeur de la diplomatie des petits pas et de la diplomatie privée, sans tambour ni trompettes. Je conserve des souvenirs mémorables de mon temps dans le monde arabe.

Je me rappellerai toujours de cet épisode de la deuxième guerre du Golfe alors que je devais évacuer une famille dont le père était canadien, les enfants néo-zélandais et la mère kuwaiti. Les sbires de Saddam refusaient que la mère quitte sur son passeport kuwaiti. J’ai alors entamé des discussions avec les Irakiens pour voir comment on pourrait se sortir de cette impasse.

A peine 10 minutes après le début de discussions, mes collègues américains et britanniques ont quitté la salle disant à leurs adjoints : « ground those planes, the Roadrunner rides again. No plane leaves until the last minute of the curfew. The Roadrunner is at it once again ». J’aurais aimé les voir dans l’aéroport de Bagdad!

Disons que Roadrunner était le « call sign » que les Américains m’avaient donné lors de mon séjour à Kuwait.

Après trois heures de discussions entremêlées d’anglais, de français et d’arabe, j’avais amené les Irakiens à accepter de faire partir la mère kuwaiti le lendemain. Finalement, je leur ai simplement demandé si elle peut partir demain, pourquoi pas ce soir? Quelle différence une nuit peut-elle faire? A bout d’arguments, ils l’ont laissé partir! J’étais fier de mon coup…C’est là que j’ai compris qu’en négociations si tu obtiens un avantage, conserve-le et essaie de pousser le tout jusqu’à l’absurde… on n’a rien à perdre!

J’ai encore passablement de souvenirs de cette période de la CANAM EVAC INC comme on avait baptisé nos activités avec nos collègues américains ou d’autres aventures dans cette région du monde. Toutefois, je dois dire que ce sont mes années passées sur les dossiers africains qui m’offrent mes souvenirs les plus cocasses. C’est en travaillant sur le dossier du Zaire-Congo que

  • que j’ai participé à une tentative de détournement d’un avion américain par le Ministère;
  • que j’ai transmis une décision d’un de nos premiers ministres en commençant par «don’t shoot the messanger»; le message se terminait alors par «you are on your own!»
  • que ma réaction à une question s’est retrouvée la réponse du sous-ministre lors d’une entrevue à Canada AM,
  • qu’un autre sous-ministre m’a salué dans un ascenseur plein disant qu’il ne pouvait plus prendre des vacances car en moins d’un mois j’avais réussi à déclencher une guerre et ainsi m’assurer du travail pour au moins la prochaine année…

These are happy memories, there are others less happy. All this is shaping my conviction, shared with so many others, that Africa is important and that we Canadians have a role to play in its future.

Un collègue disait au début janvier que l’Afrique n’avait plus d’importance pour le Ministère et le pays. Alors comment expliquer que

  • des mentors aussi prestigieux que Bob Fowler, Marc-André Brault, Claude Laverdure, Marc Perron, Marius Bujold, Bernard Dussault, et
  • des collègues tels Anne Leahy, Sandelle Scrimshaw et Anne-Marie Bourcier, Perry Calderwood, Jacques Crête, Bob Peck, Louis Robert Daigle, Frank Ruddock et Isabelle Roy et tant d’autres tant au Ministère qu’à l’ACDI et la Défense nationale

ne vivent que pour ce continent?

Comment expliquer que des hommes qui y ont tant donné, comme le Sénateur Dallaire et le général Baril, soient prêts à reprendre du collier et travailler dans divers processus de paix et de stabilité pour l’Afrique?

Comment expliquer que deux premiers ministres canadiens concentrent la majeure partie de leur politique étrangère sur ces terres lointaines et malheureusement toujours en proie à des déchirements?

Yes AFRICA still matters!

Je suis très honoré de pouvoir dire qu’à un moment ou un autre j’ai en quelque sorte fait partie de l’équipe de géants tels Bob Fowler, Claude Laverdure et Marc Perron, et enfin Anne-Marie, Marc-André et Anne. Ils m’ont tous beaucoup appris et surtout ils ont eu confiance en moi et m’ont donné assez de corde pour me pendre. Ils savaient ce dont j’étais capable et n’avaient de cesse de canaliser mes aptitudes et capacités pour que je puisse donner le meilleur de moi-même.

Marc-André et Anne, merci de m’avoir associé à part entière à vos initiatives pour que cette Afrique qui nous tient à cœur vive en harmonie. Merci de m’avoir donné une place importante à vos côtés et d’avoir donné un sens public au travail que vous m’aviez confié. Merci de m’avoir fait confiance et de m’avoir laissé vous représenter lors de discussions importantes sur des dossiers cruciaux pour l’avancement de nos travaux. En somme, merci d’avoir été des mentors et d’être maintenant des amis.

Quand nous sommes hors du pays aussi souvent que l’équipe de la Conférence l’est, nous avons besoin de nos collègues à la centrale. Notre rôle est peut-être plus régional et international mais l’équipe de la Conférence représente aussi le Canada. Nous devons donc travailler en collégialité tout en respectant les responsabilités des uns et des autres. Isabelle, Frank et Perry, merci de votre appui constant, merci d’avoir été ce back-up à la centrale et surtout merci de votre amitié.

I am honored that my work on African issues has been recognized particularly at this time. When I was reading African issues at the University, then the only solutions to Africa’s various problems started infallibly by NIAKA. In plain English: you only have to… or, more simply "do as I say". Wow, how pretentious and ignorant were we in those days!

Over the years, Africa has changed so much. Africa still faces enormous challenges and problems. Its future is still jeopardized and handicapped by so many developmental issues and the need to learn to live in harmony with one’s neighbor and to make tolerance the national, regional and continental motto. In Canada, the Africa of the NYAKA has been set aside, totally supplanted by a new approach shared by and with our African colleagues. I am so proud to be associated with this African approach promoted and implemented by Canada.

Africans want ownership, inclusiveness and partnership. Canadians are ready to let them have the first, help them practice the second and be part when not leading in the latter.

L’Afrique veut se prendre en main, prendre en charge ses destinées. L’Afrique veut être partie prenante des décisions qui la concernent; elle ne veut pas de ces décisions qu’on lui impose. Elle veut s’approprier son devenir et passer de l’état de dépendance à celui de participant de plein pied.

When addressing current problems, most Africans are now looking forward instead of going back to the History and Colonization even if they still don’t want to accept the smallest part of the blame. But in their own way, they want to own the solution from its definition to its implementation, to own the content as well as the mechanisms. They are eager to learn but on their terms. This does not always lead to the best of results but they want to learn. They have a valid point since experience is one thing you cannot buy. You acquired it, making your own mistakes and learning from them.

The more progressive of them recognized that the time of governmental supremacy is over. Whether to please us or because they believe it, they are beginning to work with their civil society. This is easier said than done. Nevertheless, relations between government and civil society are changing and in the long run it will be for the benefits of entire populations. But a lot more remains to be done.

Finally, the last mantra of this new African approach is the partnership they want with us. Some tell me that still they only want our money. This might have been true few years back but we sense a tidal wave of changes, at least in the Great Lakes. At the International Conference our partnership with the core countries is vibrant; there is a special bond between the two groups provided we respect the principle of African ownership.

Canada has a special role in shaping the new partnership between the donor community and Africa. Some are saying that for Africans, Canada can play this role because we have no colonial past, we have a dual personality, we have no strategic ambitions for the region and we are easy to talk to. But then, why are other members of the international community accepting our leadership and at times forcing it upon us? Maybe with all our own problems, with our "middleness", our approach to the world is not perceived as threatening but rather a progressive move. We have learned at home to put everybody at ease and make them feel part of the team. Well, we are very good at it also on the international scene and we should never either forget it.

This does not required a lot of money but simply our usual Canadian goodwill, our energies, our willingness to listen and weight all positions and finally to use some of this special Canadian diplomatic know-how to get things done with as well as by others. This requires only human resources and the will to take risks. When we do this, we earn kudos from everyone and usually do not expect anything in return but the satisfaction of knowing that we have mattered.

I have but one regret: that we do not practice this Canadian special skill often enough. When engaging in this kind of diplomacy, Canada does not punch above its weight. Even if we are often left holding the fort and assuming the blame for not achieving what one specifically wanted, at least no one can accuse us of inaction. We have tried whether it succeeds or not… we have not just proposed yet another Conference, we have harnessed the goodwill of the moment and brought people to the negotiation table!

Before closing, I would like to say three things:

Marc-André et Anne, vous avez raison. Je suis soit trop cryptique ou je ne sais synthétiser. J’ai encore beaucoup à apprendre et je compte sur vous pour me guider. Mais après 28 ans de service, on devient comme un certain lapin : one keeps going, going going…

I came to Ottawa in 1977 filled with optimism and excitement. Over all those 28 years, I have had my share of unimaginable experiences and excitements. I am looking forward to many more years, to witnessing many more excitements and many more Canadian accomplishments.

Finalement, merci d’avoir souligné que l’Afrique nous tient toujours à cœur, à nous Canadiens, et que ce sentiment n’est pas uniquement lié à des questions d’argent ou de ressources naturelles. Merci du plus profond du cœur pour cette marque de reconnaissance de mon infime contribution à confirmer la réputation d’excellence du Service extérieur canadien.

Merci
Last Updated: 08.29.2006